Hors-séries

Moodle Moot sur Mars

13 min de lecture

Novagogie, le podcast des innovations pédagogiques de CY Alliance.

Cet épisode est un peu spécial puisqu’il s’agit d’un hors-série autour d’une communauté très engagée. Du 2 au 4 juillet 2024 se déroulait à Marseille le Moodle Moot FR 2024, le rassemblement annuel de la communauté des Moodleur·ses francophones. Au programme de cet évènement : conférences, ateliers, quiz, découverte de la Cité Phocéenne… Plusieurs interrogations viennent dans cet introduction et nous y répondront dans l’article. Tout d’abord qu’est-ce que Moodle ? Ensuite qu’est-ce que Moodle Moot ? Et pour finir comment engager une communauté ?

Pour répondre à ces interrogations, nous avons posé des questions à cinq personnes ayant participé, à différents niveaux, à l’organisation de cet événement sur Marseille : Marie Achour (Global Head of Product @Moodle), Nicolas Martignoni (président de MoodleMoot.fr), Patrick Lemaire (indépendant autour de Moodle et membre de MoodleMoot.fr), Julien Morice (ingénieur pédagogique et créateur du Pédagocast) et Nejma Belkhdim (CEO et co-fondatrice de Nolej).


Marie Achour, Global Head of Product / directrice de produit globale.

Marie Achour, Global Head of Product lors du Moodle Moot 2024

Moodle, c’est une plateforme d’éducation en ligne et un Moodle Moot c’est une rencontre de Moodlers (cad. tous les utilisateurs de la plateforme: ingénieurs, développeurs, administrateurs…). Ils viennent ici pour faire des rencontres, apprendre des autres sur les usages de Moodle, afin d’améliorer leurs expériences utilisateurs. Pour la plupart des gens présents ici, Moodle est leur outil de travail.

Moodle, c’est la plateforme d’éducation en ligne la plus utilisée dans le monde. Elle permet de créer du contenu en ligne, d’intégrer des vidéos, des contenus de texte, des images. L’étudiant peut l’utiliser pour faire ses devoirs, des quiz, des dépôts de devoir… En France, les universités utilisent Moodle à 100 % et les plus grandes écoles du monde l’utilisent également. Parce qu’elle dispose de capacités et de fonctionnalités qui permettent aux enseignants de faire de la recherche dans le domaine des sciences, en maths et l’enseignement en ligne.

Si nous devions créer une université, admettons l’université « Novagogie », et que je souhaite mettre en place Moodle, je fais comment ? Combien cela va-t-il me coûter ?

C’est gratuit, notre grande philosophie c’est que l’on veut offrir Moodle au monde entier. Le logiciel est gratuit, il suffit de le télécharger sur notre site internet Moodle.org. La difficulté intervient notamment lors de la mise en place de la plateforme : il faut savoir installer un serveur et gérer les bases de données. Les grandes universités sont habituées à installer ce type de plateforme, mais lorsque l’on est plus petit ou que l’on n’a pas ces compétences, on peut faire appel à des services tels que My Moodle HQ avec Moodle Cloud, qui hébergent une installation de Moodle ; il suffit alors de payer l’hébergement de la plateforme chaque mois.

Donc Moodle, c’est un logiciel libre ?

Oui, un logiciel libre et ouvert, d’ailleurs c’est la contribution des utilisateurs qui permet d’améliorer la plateforme. Moodle a plus de 20 ans, son rayonnement est international !

D’où vient Moodle ? Et quelle est ta rencontre avec Moodle ?

Elle provient du fondateur, l’Australien Martin Dougiamas. Enfant, il vivait dans des régions proches du désert australien, où les connexions internet n’étaient pas optimales. Cependant, il avait déjà eu l’expérience des formations à distance. À l’âge adulte, il a travaillé, puis étudié à l’Université Curtin, à Perth, en Australie-Occidentale. À cette époque, les formations à distance n’étaient pas de bonne qualité, ce qui l’a poussé à créer Moodle. Cependant, il a choisi de ne pas garder cette idée pour lui et a décidé de la partager avec les autres.

Si je souhaite créer et mettre en place un plug-in sur Moodle, comment dois-je procéder ?

Oui, c’est possible nous avons un “plug-in directory” qui se trouve sur https://moodle.org/ donc les gens peuvent publier leurs “plug-in” et en proposer d’autres. Cependant ils sont vérifiés par nos instances et nos développeurs qui respectent des normes de sécurité, et enfin nous les mettons à disposition sur notre “plug-in directory”.


Nicolas Martignoni, président de l’association MoodleMoot.fr, il est en charge de l’encadrement des Moodle Moot francophone depuis 2013.

Nicolas Martignoni lors du Moodle Moot 2024 à Marseille.webp

D’où vient l’initiative du Moodle Moot francophone ?

En 2005, on a organisé déjà le premier Moodle Moot francophone et sinon Moot signifie en vieille anglais saxon : « réunion de personnes qui discutent sur différentes pratiques », comme un forum romain à l’époque antique.

Je suis enseignant en mathématiques en Suisse, il y a plus de 25 ans les questions d’enseignement en ligne étaient déjà présentes dans le milieu de la formation. Puis, par tout hasard, je suis tombé sur Moodle. C’est une plateforme très universelle, elle s’adapte à toute sorte de profil, elle ne vous contraint pas à un style particulier de pédagogie.

Moodle, serait une sorte de squelette et après chacun construit le corps qui lui convient ?

On peut le voir ainsi, mais je dirais plutôt que Moodle est une sorte de coquille que l’on peut ensuite modeler, mais qui nécessite des compétences appropriées en raison de la grande flexibilité qu’il offre. C’est pourquoi nous sommes accompagnés par des ingénieurs pédagogiques, qui guident les enseignants dans le déploiement de ces outils avec parcimonie.

L’une des grandes forces de Moodle, c’est sa communauté. Comment fonctionne-t-elle, notamment lorsque j’ai une question sur un sujet en particulier ? Son fonctionnement repose sur une organisation plutôt organique, avec ses propres ressources, comme des forums dédiés, des points de discussion, etc ?

D’abord Moodle, c’est une communauté très importante, ici, nous sommes sur la partie francophone. La communauté Moodle sur le plan international est un énorme réseau avec une activité assez vivace, son engagement repose sur une volonté de mettre en avant l’horizontalité dans les échanges. Mais son organisation est semi-organique, elle a ses propres instances avec un espace forum dans lequel je joue les modérateurs, Moodle nous donne une totale liberté sur nos choix et nos décisions.

Comment expliquer le succès de Moodle Moot, en seulement 7 heures les billets sont partis rapidement ? Enfin, si je souhaite devenir intervenant, à qui dois-je m’adresser, comment ça se passe ?

Le succès est lié à la mise en place d’un environnement qui repose sur la convivialité, des échanges plus construits sur le temps, nous favorisons des temps de réseautage afin que chacun puisse parler de son travail. Pour la sélection des intervenants, nous adressons une candidature ouverte à partir du mois de mars, puis un comité de programme s’organise en avril et la sélection se fait de façon démocratique, du coup tout le monde a sa chance.


Patrick Lemaire, indépendant autour de Moodle et membre de MoodleMoot.fr.

C’est un spécialiste de Moodle, il administre la plateforme depuis 2008 au travers des TICE. En 2019, il devient indépendant, mais reste toujours dans le réseau de Moodle.

Patrick Lemaire prenant la parole lors du Moodle Moot FR 2024

Qu’appelle-t-on les TICE ?

Technologie de l’information et de la communication pour l’enseignement (TICE)

On parle de l’aspect technique de Moodle, mais on parle énormément de communauté de pratique.

Moodle s’installe facilement, d’ailleurs j’ai connu Moodle comme cela. En téléchargeant gratuitement Moodle, puis pour avancer rapidement j’ai fait appel à une communauté d’initiés qui avait rencontré des problèmes techniques semblables à ceux qu’on retrouve avec ses pairs. On s’enrichit en partageant, plutôt que rester dans son coin.

La philosophie de Moodle, repose sur le partage au-delà de l’aspect technique ?

On entend souvent j’installe Moodle, mais je ne suis pas un informaticien. Alors que nous n’avons pas besoin d’être des spécialistes techniques, il s’agit juste de rechercher les informations pour résoudre notre problème. D’ailleurs, le fondateur de Moodle voulait laisser l’accès à la connaissance et la pédagogie, pour que les professionnels de l’enseignement puissent s’approprier l’outil sans être des spécialistes.

Un des thèmes de prédilection de cette année, c’est l’intelligence artificielle d’ailleurs comment définir l’I.A ?

Il faut distinguer l’appellation grand public et la désignation par les connaisseurs de la technologie en soi. Pour moi tout ce que l’on désigne par intelligence artificielle c’est un packaging, ce sont des automates statistiques basés sur le langage qui vont prédire en fonction de la création votre prompt. Si j’écris un prompt avec le mot “été”, je vais avoir le mot “plage”, “soleil” qui automatiquement va s’agréger à la suite, c’est basé sur la statistique. Le propre de l’humain c’est de personnifier l’objet, en lui donnant des propriétés, en lui donnant une conscience. Généralement c’est à ce moment-là où il dérape, l’appellation intelligence artificielle est exagérée, là où j’aurais tendance à appeler “outil générative”, ou “intelligence générative”. Pour moi ce n’est pas de l’intelligence artificielle.

L’intelligence artificielle, c’est un sujet complexe, d’ailleurs dans l’enseignement on parle d’évaluer l’intelligence… Mais ça manque de clarté, quel est votre sentiment là-dessus ?

Il faudrait se mettre d’accord sur “la définition de l’intelligence”, les outils Standford d’analyse du quotient intellectuel (Q.I) sont très critiqués. De plus, on parle de registre d’intelligence (sociale, mathématique…), l’intelligence artificielle c’est un outil qui permet d’analyser une grande quantité de données que l’être humain n’est pas capable de distinguer de façon humaine.

Est-ce que les aspérités ne font pas partie de l’Homme ?

Tout à fait, les défauts font partie intégrante de ce qui nous constitue. C’est l’inverse de l’intelligence artificielle qui nous donne la meilleure version de lui-même constamment. D’ailleurs, dans l’univers du codage, les développeurs se posent la question d’utiliser l’I.A, car en cas de production de “bugs”, l’I.A risque de produire des “bugs” en série par la règle statistique. C’est pourquoi à titre personnel lorsque j’utilise de l’I.A pour coder, je vais le faire pour des tâches répétitives, laborieuses avec des tâches assez chronophages. Mais lorsque j’ai besoin d’avoir un esprit critique dans un développement je ne vais pas faire appel à des I.A générative.

Patrick Lemaire | TICE et IA : Démystifier les technologies éducatives
Patrick Lemaire | TICE et IA : Démystifier les technologies éducatives
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Julien Morice créateur du Pédagocast : Responsable du service d’ingénierie pédagogique à Institut Mines-Télécom Business School, créateur du podcast pédagocast et la chaine YouTube pédagotube.

Je travaille sur l’accompagnement des enseignants-chercheurs, des étudiants et du personnel administratif dans la transformation des pratiques d’enseignement et d’apprentissage par le biais du digital et des pédagogies actives. Je suis également créateur de contenu du pedagocast, un podcast sur les pédagogies et la formation.

Que fais-tu au Moodle Moot ?

Ça fait plus de quinze ans que je viens au Moodle Moot, c’est un rendez-vous important pour moi. J’avais créé une chaîne sur Dailymotion à l’époque pour promouvoir Moodle, depuis j’ai continué sur YouTube. Au départ Moodle était dans le partage avec une petite communauté, pour toutes les personnes qui aiment mettre les mains dans le cambouis. Aujourd’hui, avec les modèles de Ed-Tech et la communauté des Moodle partenaires qui permettent d’apporter des outils solides et prennent alors qu’au départ on n’était pas dans l’optique de travailler dans le privé. Maintenant on l’est davantage, ce qui permet d’apporter des briques à l’édifice, je pense à Challenge.me qui permet une solution de référence, dans l’enseignement supérieur francophone, plus simple et flexible pour réaliser tout type d’activité :
– Évaluation par les pairs
– Évaluation par l’enseignant
– Apprentissage par les pairs, en approche par compétence.
– ubicast pour la vidéo
– Nolej pour créer des modules H5P intégrés dans Moodle

Parfois certains plug-ins sont développés par un groupe très restreint de personnes pour une demande très spécifique qui concerne peu d’étudiants pour quelques universités.

C’est vrai que parfois Moodle fonctionne comme une usine à gaz, on a l’impression que des tas de choses sont développées, à la différence des LMS privés qui développent moins d’outils mais avec un usage mieux défini. Du coup, c’est plus simple pour les utilisateurs de s’y retrouver. Je pense qu’il faut faire attention à cette tendance qui consiste à développer pour chaque petit besoin son petit outil ; je trouve que ce n’est pas forcément une bonne stratégie.

Tu nous as parlé du type de contenu que tu diffuses, comment tu choisis ton contenu ?

Je produis du contenu de façon spontanée, je n’ai pas de ligne éditoriale, typiquement quand je rencontre des gens, je vais leur faire une proposition par rapport à un sujet qui m’intéresse chez cette personne. Parfois ce sont des personnes qui peuvent contacter sur Linkedin, j’ai Challenge Me avec qui je collabore, je ne fais pas des podcasts très préparés mais je suis fan des podcasts longs.

Est-ce que tu arrives à convaincre des enseignants sur l’usage du podcast comme ressource pédagogique ?

C’est intéressant, j’ai une plateforme qui s’appelle pédagoschool et dessus il y a un podcast qui s’appelle “podcours”, il faut savoir que ce sont des formats qui demandent beaucoup de travail. Je ne le fais pas, mais il y a une enseignante qui s’appelle Aurélie Dudézert qui fait ce travail, notamment sur les mémoires de recherche, elle fait écouter ça à ses étudiants. En revanche, un usage que j’ai déjà fait, c’est un podcast avec des étudiants. Nous utilisons souvent une table de mixage, des micros, et nous enregistrons le podcast. C’est un usage pédagogique que je trouve pertinent, mais la vidéo reste la ressource pédagogique la plus utilisée, peut-être pour des raisons de valeurs perçues. Pour les cours, la vidéo reste majoritaire, pourtant ce n’est qu’un podcast amélioré.


Nejma Belkhdim, CEO et co-fondatrice de Nolej, avec une formation en science cognitive appliqué à l’apprentissage des nouvelles technologies.

Nejma Belkhdim CEO de Nolej, faisant une présentation au Moodle Moot FR 2024

Qu’entend-on par les sciences cognitives ?

C’est un champ très large des sciences sociales, dans lequel on va retrouver la psychologie cognitive, la linguistique et d’autres sous-disciplines qui vont participer à avoir une meilleure connaissance du cerveau. Elle participe également à comprendre comment fonctionne l’humain en interaction avec son environnement, enfin comment développer un bon produit pour un enseignant, pour un utilisateur dans un contexte d’apprentissage par exemple.

Nous sommes au Moodle Moot, comment tu t’es retrouvé ici ?

J’ai découvert Moodle Moot, il y a quelques années comme étudiante puis ingénieure pédagogique mon université utilisait l’activité H5P (cf. logiciel libre (licence MIT1) de création de contenu interactif).

H5P, c’est intéressant parce-qu’au départ il s’agit d’un plug-in qui était externe puis par la suite intégré à Moodle.

Ce sont des activités qui ont été créé puis par la suite on été approuvé par la communauté. Si on va sur Google Schoolar on retrouve de nombreux chercheurs ayant travailler sur l’évaluation de H5P. C’est le modèle ICAP, lorsqu’il y a une interaction on va générer du clic, un engagement qui va avoir une incidence sur la motivation de l’apprenant.

Que proposez vous avec Nolej ?

On essaie de faire émerger un travail de métacognition, dans lequel il sera en autonomie et dans le cas de H5P l’erreur n’est pas sanctionnée mais vient mettre à jour la connaissance ou bien la consolider. De nombreuses activités sont réalisées par flashcards, donc on lit la question, on génère les réponses et on retourne la carte. C’est très efficace, on constate que les étudiants se positionnent dans des objectifs de performance et qui sont contents d’utiliser Nolej.