Novagogie, le podcast des innovations pédagogiques de CY Alliance.
ISAE-Supméca Institut Supérieur de Mécanique de Paris Saint-Ouen.
https://www.isae-supmeca.fr/4905-2/
PRIM : Projet d’Ingénierie Mécanique
Nicolas Peyret : professeur des universités en dynamique des structures, également directeur des formations et de la vie étudiante. Responsable du projet d’ingénierie mécanique au sein de ISAE-Supméca (l’Institut Supérieur de Mécanique de Paris Saint-Ouen). Par le passé, il a enseigné dans le secondaire auprès d’élèves en Bac pro et de lycéens en BTS production mécanique.

Les prémices de PRIM :
Nicolas Peyret donne son expérience auprès des lycées, un public qui n’a pas toujours choisi son orientation. « Il faut arriver à mettre du sens parmi les objectifs, afin de rendre l’apprenant actif ». La position attentiste elle devient de plus en plus compliquée, la position de l’enseignant en amphi qui « professe » devient compliquée, il faut favoriser le groupe et il y a plus d’intérêt à porter la compétence que la connaissance.
La rencontre de Nicolas Peyret avec ISAE-Supméca, le premier contact se fait dans le cadre de la recherche à plus de 38 ans, en parallèle de son métier d’enseignant, il démarre une thèse avec ISAE-Supméca & l’École nationale des ponts et chaussées. En 2012, il obtient sa thèse dans le domaine de la mécanique, puis ensuite il devient maître de conférences et professeur des universités quelques années plus tard. Dès la terminale, il voulait devenir enseignant, une vocation mais cependant il n’avait pas imaginé forcément faire de la recherche.
En quoi consiste le projet PRIM ?
Nicolas Peyret donne le récit du projet PRIM de sa naissance, jusqu’à son déploiement. « Par l’initiative d’un autre collègue, nous avons tenté de faire de l’enseignement uniquement par projet, au départ dans un T.D, puis par la suite nous avons fait cela ». La difficulté fut assez importante, car elle bousculait les habitudes des enseignants ainsi que leurs méthodes d’évaluations.
Les premières transformations ont eu lieu sur les enseignements liés au dimensionnement :
– Industrialisation
– Tolérancement
– Conception

Il faut prendre en compte différents profils d’étudiants et cibler les attentes, parmi les étudiants, nombre d’entre eux sortent de prépa. Ils n’ont pas l’habitude de travailler en groupe, il a donc fallu repenser le modèle de l’apprentissage par problème afin de l’intégrer dans la formation.
Au début de la formation sur PRIM on retrouve des étudiants un peu déboussolés qui sont parfois tétanisés à prendre des décisions lors des premières séances. En toute autonomie, ils se demandent souvent :
– C’est quoi la bonne donnée ?
– C’est quoi la bonne réponse ?
C’est lié à un mode d’apprentissage qu’ils ont reçu, ils sont souvent habitués à un énoncé avec des exercices bien détaillés et trouver une solution de fin. Or sur PRIM chez ISAE-Supméca, ce qui est reconnu dans notre formation, c’est la variation des modalités pédagogiques :
PRIM est un module d’enseignement par projet. Dans l’environnement numérique CATIA, à partir d’un cahier des charges fonctionnel et d’apports ponctuels de connaissances, les étudiants auront à concevoir, dimensionner, définir et industrialiser tout ou partie d’un système mécanique tout au long du semestre.

En sortie de formation, les étudiants sont reconnus comme étant vraiment câblés pour le projet, l’acquisition d’une agentivité. C’est-à-dire, la capacité à interagir avec son environnement, le sujet n’est pas là seulement pour subir son environnement mais il a la capacité d’agir en conséquence en s’appropriant toutes les ressources à disposition.
Tout est construit pour qu’il soit pour que l’étudiant soit acteur, donc en conséquence qu’il puisse avancer, l’évaluation change également, lors de chaque séance ils doivent rendre des documents, faire des dépôts systématiques. Chaque séance, ils doivent se confronter à leurs résultats en observant, ce qui ne va pas pour pouvoir reprendre ce qui ne convient pas. Ils sont obligés de venir nous solliciter pour poser des questions, on est une équipe de 4 enseignants qui peuvent répondre aux questions.
Les membres au départ du projet PRIM:
– Sylvain Courtois
– Gaël Chevalier
– Jean-Luc Dion
– Nicolas Peyret
Afin d’avoir une base théorique solide et une méthodologique axée sur la recherche, nous avons repris pour l’apprentissage par projet, le processus de l’étayage du psychologue américain Jérôme Bruner.

Jerome Bruner, psychologue américain, reconnaît six fonctions de l’étayage caractérisant ce soutien temporaire de l’activité de l’apprenant :
- l’enrôlement : susciter l’adhésion de l’apprenant aux exigences de la tâche.
- la réduction des degrés de liberté : simplifier la tâche en réduisant la difficulté du processus de résolution.
- le maintien de l’orientation : faire en sorte que l’enfant ne change pas d’objectif durant la résolution de la tâche et qu’il conserve le but initialement fixé.
- la signalisation des caractéristiques dominantes : faire prendre conscience à l’apprenant des écarts qui existent entre ce que l’élève réalise et ce qu’il voudrait réaliser.
- le contrôle de la frustration : essayer de maintenir l’intérêt et la motivation de l’apprenant en utilisant divers moyens et en se prémunissant d’une trop grande dépendance.
- la démonstration ou présentation des modèles de solution : présenter sous une forme “stylisée” la solution de l’apprenant, pour que ce dernier tente de l’imiter en retour sous la forme appropriée[1].
[1] Etayage : Jérôme Bruner https://pia.ac-paris.fr/portail/jcms/pre1_436855/etayage

Le travail d’équipe, le choix des groupes, comment observé les évolutions ?
Selon Nicolas Peyret, la constitution des groupes est constituée par les équipes pédagogiques en début de formation, on peut observer une synergie auprès de certains étudiants et puis dans d’autres cas des difficultés à s’organiser. L’essentiel repose sur une communication efficace, on peut définir des tâches précises et se l’est attribuer et sur le plan individuel l’apprentissage par problème repose aussi sur un apport de connaissance que tout le monde doit avoir. Ils ne peuvent pas se cantonner qu’à faire qu’une partie du projet, alors qu’ils doivent participer à tout parce qu’à la fin, il y a QCM pour finaliser.
Pour mettre en œuvre ce type de pédagogie, les enseignants peuvent disposer d’un congé pédagogique. Il aura à disposition un congé d’un an pour construire un projet pédagogique viable pour le changement et l’amélioration d’une formation, l’ensemble de son temps sera consacré à cela.
Hanen Kooli-Chaabane : enseignante et chercheuse docteur en génie des systèmes industriels, elle est également dans un laboratoire de recherche à Paris Nanterre. Sa spécialité le business model responsable et le business model circulaire.

Définir l’apprentissage par problème : les apprenants sont placés en groupe et doivent résoudre un problème pour lequel ils n’ont pas toutes les connaissances et/ou les compétences nécessaires ; la collaboration entre les apprenants et le soutien d’un tuteur leur permet de résoudre le problème posé.
Définir l’apprentissage par projet : « un processus systématique d’acquisition et de transfert de connaissances au cours duquel l’apprenant anticipe, planifie et réalise, dans un temps déterminé, seul ou avec des pairs et sous la supervision d’un enseignant, une activité observable qui résulte, dans un contexte pédagogique, en un produit fini évaluable[1] ».
Deux stratégies pour réaliser une éducation basée sur les compétences, les principales différences, c’est que l’apprentissage par projet repose sur un livrable qui est un produit. Pour l’apprentissage par problème, il se concentre sur le processus d’apprentissage. Mais tous les deux ont comme finalité de mettre les étudiants au centre.
L’apprentissage par projet est plus large à l’intérieur, on fait de l’apprentissage par problème puisqu’un projet va confronter plusieurs autres petits projets
Comment définir les compétences ?
Hanen KOOLI–CHAABANE : la compétence dans une école d’ingénieur est liée à l’employabilité, des compétences compatibles avec des fonctions à remplir.
Entre 2017–2021 eu lieu, une étude comparative d’ISAE-Supméca sur l’impact de l’utilisation numérique et sur les compétences.
[The shift to online and blended learning at an engineering school: feedback and results
A. Lanthony, H. Kooli-Chaabane, N. Peyret, A. Boukaré]
Hanen KOOLI–CHAABANE : dans le cadre du module PRIM, une étude avait été réalisée entre 2017 et avant le Covid et avant l’utilisation de modalités pédagogiques numériques en distanciel ou en hybride. Une étude qui portait sur 20 compétences, parmi les résultats on constate une certaine hétérogénéité, les étudiants ont amélioré certaines compétences, mais ont été lésé sur d’autres, notamment on a remarqué que les étudiants avaient développé des mécanismes pour mieux lire les documents, pour être focalisés sur des questions.
[1] (Proulx, 2004, p. 31). Cette approche est dans la plupart des cas pluridisciplinaire (Ducarme, Labrique et Raucent, 2017 ; Reverdy, 2013)
