Novagogie

SAé à Sarcelles | Innovations pédagogiques et compétences au cœur d’un IUT

10 min de lecture

Novagogie, le podcast des innovations pédagogiques de CY Alliance.

Pour ce premier épisode, nous nous sommes rendus à l’IUT de Sarcelles pour observer une Situation d’Apprentissage et d’évaluation (SAé). Entre déambulation dans les couloirs, réflexions sur les groupes de travail et mise en place de stratégies d’apprentissage, nous avons beaucoup appris avec les étudiantes et étudiants.

BUT : Bachelor Universitaire de Technologie

Trois parcours de spécialisation :

  1. Marketing digital, e-business et entrepreneuriat
  2. Business développement et management de la relation client
  3. Stratégie de marque et événementiel

Définition d’une SAé :

Une Situation d’Apprentissage et d’évaluation (SAé) est une situation contrôlée permettant l’apprentissage et l’évaluation des apprentissages critiques et des compétences. Cette situation regroupe un certain nombre d’éléments (UE, TP, évaluations) agencés de manière cohérente permettant la progression de l’étudiant d’un niveau 0 à un objectif défini.

La SAé est un prolongement de l’approche programme qui se concentre sur la cohérence et l’intégration des différents cours et activités au sein d’un programme pour atteindre, dans notre cas, des compétences transversales et spécifiques définies. Les contenus sont choisis en fonction des compétences à développer. Les activités d’apprentissage sont variées. Elles peuvent inclure des cours magistraux, des travaux pratiques, des projets, des études de cas, des discussions en groupe, etc. La progression des apprentissages passe par les différents niveaux en partant du débutant vers la maîtrise, ce qui permet d’envisager les différents seuils de maîtrise.

Ainsi, nous pouvons nous interroger sur le lieu de développement des compétences mais aussi sur l’évaluation des acquis. Ceci nous amène à introduire des SAé qui correspondent aux situations d’apprentissage et d’évaluation.

Le concept d’apprentissage induit un changement de perspective :

On se concentre sur ce que l’apprenant apprend plutôt que sur ce que l’enseignant transmet exclusivement ; on s’intéresse également aux résultats de ces apprentissages. Cela suppose une définition préalable des résultats d’apprentissage attendus à la fin de la formation, puis l’identification des méthodes d’évaluation les plus appropriées pour évaluer les acquis (Donnelly & Fitzmaurice, 2005).

La SAé est actuellement un des éléments mis en place dans le cadre de l’approche par compétences (APC) auprès des universités.

Numérique :

Lors de l’interview, les étudiants évoquent l’usage du numérique comme ressource pédagogique, mais également les réseaux sociaux comme canaux de discussions ou de transmission de l’information. Parmi ceux-ci, l’application mobile de partage de courtes vidéos verticales chinoise, TikTok, qui, selon eux, permet une recherche rapide. Pour reprendre les termes d’une étudiante : « c’est le nouveau Google ». Ils utilisent également des outils bureautiques plus classiques tels que Google Drive, notamment pour le partage des cours.

L’Intelligence Artificielle

Un trait générationnel que l’on a pu observer est l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA), particulièrement un des leaders du marché, ChatGPT.

« L’IA désigne la possibilité pour une machine de reproduire des comportements liés aux humains, tels que le raisonnement, la planification et la créativité. »

 Définition du Parlement Européen

Les étudiants justifient leurs choix par une utilisation comme trame de base, une référence qui permet de démarrer des travaux ou de produire du contenu en partant d’une base de données déjà existante. Ils interagissent avec ces outils en utilisant des “prompts”, des instructions ou des questions saisies pour générer des réponses ou des informations pertinentes.

Organisation du travail :

Concernant la configuration des cours, ce sont des travaux de groupes à l’IUT. Mais des divergences apparaissent entre les personnes qui ont une appétence pour la collaboration et celles qui ont des difficultés liées notamment à un emploi du temps difficile à agencer avec les camarades. Une étudiante évoque les différents niveaux des étudiants sur certains sujets, ce qui provoque des situations de déséquilibre et parfois de rééquilibrage.

Dans les situations de travaux sur la SAé, ils sont le plus souvent en configuration d’autonomie totale avec leurs groupes. Tandis que pour d’autres cours, les enseignants sont davantage présents dans les salles de classe.

Les étudiants ont pris conscience que les travaux de groupe favorisent une organisation du travail avec une division sociale du travail ou une division technique des tâches, ce qui est d’ailleurs demandé dans la plupart des entreprises. De ce fait, ils ont parfaitement intériorisé la demande du marché du travail en mode agile dans le développement de leurs compétences en IUT.

Deuxième partie de “SAé à Sarcelles”

Aïda Mimouni -Chaabane : Enseignante-chercheuse en marketing à CY Cergy Paris Université sur le site de l’IUT de Sarcelles. Pour ses contenus de cours, elle a une préférence pour les visuels (graphiques, schémas, fiches illustrées). Durant sa scolarité, elle se percevait comme une élève modèle qui aime aider les autres.

Céline Provost : Professeure d’anglais à CY Cergy Paris Université sur le site de l’IUT de Sarcelles, elle apprécie particulièrement le sport (athlétisme, boxe, MMA, arts martiaux mixtes). Elle évoque le fait que l’enseignement traditionnel par la transmission est défaillant. Durant sa formation en anglais, elle ne comprenait pas qu’en faculté de langue, on puisse transmettre via ce modèle de formation.

Salim Azar : Maître de Conférences HDR en marketing à CY Cergy Paris Université sur le site de l’IUT de Sarcelles. Bien qu’il ne soit pas présent dans cet épisode, il est un rouage essentiel dans ce qui est un trio d’innovant·es pédagogiques.

Céline Provost, Salim Azar et Aïda Mimouni-Chaabane

La SAé : La SAé en marketing est d’abord destinée aux premières années des BUT en marketing. L’objectif de la SAé est la sensibilisation des étudiants à l’importance de l’inclusion, de l’environnement et de la diversité en général, en pratique dans les entreprises, et les amener à intégrer cette pratique auprès d’une marque en particulier à travers une cible et un positionnement. Les SAÉ commencent souvent de manière individuelle puis deviennent collectives. Enfin, nous avons une SAÉ autour d’une transition environnementale avec l’interrogation suivante : « comment la compléter avec un volet d’avantage social ? ». Nous nous appuyons sur le rapport de Jean Jouzel et Luc Abbadie : « Enseigner la transition écologique dans le supérieur » (https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/fr/enseigner-la-transition-ecologique-dans-le-superieur-51505). Il s’agit de la mise en œuvre opérationnelle de la mission « Enseigner la transition écologique dans le supérieur ».

Le bilan et l’évaluation des élèves reposent sur :

  • La satisfaction du thème par les élèves
  • Un sujet en lien avec le quotidien des élèves, par exemple : la discrimination
  • Un QCM en début de formation pour l’évaluation des élèves, puis le même QCM en fin de cycle, montrant que les élèves ont globalement des réponses positives
  • Les enseignants notent les éléments pédagogiques ayant fait leurs preuves, les modalités pédagogiques efficaces ou celles qui sont à revoir

Autre exemple pédagogique : La nomination d’Aya Nakamura en tant qu’égérie de Lancôme a suscité une polémique sur le plan médiatique, bien que le choix de la marque de parfums ait été stratégique sur le plan du marketing. En cours, les élèves analysent ce type de tactique marketing afin d’en comprendre les mécanismes. De plus, le public du BUT est très diversifié et a conscience des enjeux de la discrimination sachant qu’ils en sont eux-mêmes acteurs. Mais ce sont également les futurs managers de demain, les marketeurs ; il est important qu’ils soient confrontés à la fresque de la diversité pour, au plus tard, entraîner du changement en proposant des positionnements pour des marques.

Ces dernières années, le BUT a candidaté ou reçu des prix :

AFM 2024 : prix de l’innovation pédagogique en marketing pour leur innovation : « Dans leurs regards : Réinventer des marques plus inclusives avec l’empathie »

Candidature au prix de l’innovation politique (https://innovationinpolitics.eu/awards/fr/)

Manifestations et initiatives pédagogiques :

  • Participation à une campagne de sensibilisation avec la Mairie de Sarcelles
  • Podcast « Écoute le monde de demain » sur la transition écologique et sociétale

Bruno Robbes : Enseignant-chercheur en sciences de l’éducation à CY Cergy Paris Université, directeur adjoint du laboratoire E.M.A. Il a débuté sa carrière comme instituteur, puis formateur d’enseignants et directeur d’école. Par la suite, il s’est intéressé aux questions de violence dans les milieux scolaires. Désormais, il travaille depuis plus de 15 ans sur la question de l’autorité. Ses recherches portent sur les thématiques de l’autorité en éducation et des violences en milieu scolaire. Il développe des recherches-actions de pédagogie avec des équipes d’enseignants pratiquant des pédagogies alternatives et différentes (coopérative et institutionnelle notamment). Il intervient dans une licence en sciences de l’éducation où il met en avant les pédagogies coopératives pour les étudiants.

Bruno Robbes nous exposant une définition de l’autorité

Qu’est-ce qu’une compétence ?

C’est mettre ensemble, dans une situation vécue, souvent réelle, un ensemble de savoirs de différents ordres. La compétence est quelque chose de complexe car il s’agit de vérifier, dans une situation, que l’on est capable de faire ce qui nous est demandé. Cela nécessite de mobiliser des savoirs de différents domaines. Pour vérifier si l’étudiant en question possède la compétence, on la vérifie par la mise en preuve de cette dernière. On détient une compétence à partir du moment où l’on est capable de la mettre en œuvre. Donc évaluer des compétences, c’est plus complexe que d’évaluer la mémorisation d’un chapitre sur une notion en particulier auprès d’un élève. Par exemple : « la définition de la notion d’autorité ».

Nous avons besoin d’un certain nombre de connaissances pour comprendre la compétence, de plusieurs types de connaissances. Une compétence combine différents types de connaissances :

  • Théoriques
  • Pratiques
  • Expérientielles

Pour autant, il n’est pas possible de tout évaluer par les compétences. À l’université, il y a des savoirs conceptuels et des savoirs théoriques. Il y a aussi ce qui relève de la culture dans le champ d’une discipline. Ce n’est pas possible de tout évaluer par compétences. De plus, la tendance actuelle de la compétence va de pair avec la notion d’employabilité. Dans le champ de la vie professionnelle, des professions, des métiers et de l’entreprise, on cherche à avoir des salariés qui soient tout de suite opérationnels. À l’université, il n’y a pas que le développement des compétences mais aussi l’enseignement d’une culture générale, d’un métier ou de la société. Dans la licence de sciences de l’éducation, certains éléments sont des contenus de savoir plutôt que des compétences.

Comment définit-on l’autorité ?

Hannah Arendt, philosophe et théoricienne politique allemande, connue pour ses travaux sur le totalitarisme, l’autorité et la condition humaine, donne la définition suivante dans son ouvrage Crise de la culture : « l’autorité, c’est une influence qui s’exerce sans recours à la force ».

Un consensus dans les sciences sociales pour Robbes : L’autorité, c’est une relation qui cherche à exercer une influence sur l’autre, celui sur lequel on cherche à exercer une autorité sans recourir à la force.

Il y a souvent une confusion entre l’autorité et le pouvoir. Hannah Arendt dit : « dès que la force est utilisée, l’autorité a échoué ».

Le registre de l’autorité en éducation, c’est le registre de l’obéissance non confondue avec la soumission, sinon on bascule dans l’abus de pouvoir. Mais une obéissance qui recherche le consentement de l’autre. L’objectif de celui qui exerce de l’autorité est que l’autre consente à obéir pour son bien, dans son intérêt d’émancipation, de s’élever, de grandir et d’apprendre des choses.

Sources :
Donnelly, R., & Fitzmaurice, M. (2005). « Designing Modules for Learning ». Routledge. https://arrow.tudublin.ie/cgi/viewcontent.cgi?article=1004&context=ltcbk

Fabre, M. (2014). Jean Houssaye, La pédagogie traditionnelle. Une histoire de la pédagogie. Suivi de « Petite histoire des savoirs sur l’éducation ». Recherches en éducation, 19, Article 19. https://doi.org/10.4000/ree.8409.

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Soulayman Abdoul Vagabou et Aristide Boukaré